AEP : Monsieur le ministre nous sommes au congrès mondial de la conservation à Hawaï, vous représentez quasiment la CEDEAO voir les ministres africains à cette importante activité. Alors comment pouvez-vous résumer l’importante de la conservation pour les Etats Africains ?
Nestor BASSIERE : Je vous remercie pour l’occasion que vous m’offrez à l’occasion de ce congrès de l’UICN. De part l’honore de mes pères Africains en matière de conservation, il ne peut pas avoir de développement si les questions de conservation ne sont pas prises en compte. Aujourd’hui, le but de ce congrès est de réunir l’ensemble des pays afin que les discussions soient menées pour pouvoir intégrer conservation et développement durable.
Au niveau de la CEDAO, comment essayez-vous d’aborder les approches dues à la conservation de la faune tout en sachant que ces zones sont forcement impactées par les questions de sécheresse ?
Si nous prenons l’ensemble de nos pays Africains, particulièrement le cas du Burkina-Faso où je suis le ministre de l’environnement, les questions de conservation sont des questions fondamentales mais qui subissent bien sûr un certain nombre de difficultés. Au Burkina-Faso, nous avons l’Office Nationale des Aires Protégées, en terme de faune, mais ces ensembles des concessions sont aujourd’hui confrontées à la sécheresse, au manque de visibilité et d’accompagnement de nos Etats au regard des ressources limitées. Lorsque nous regardons au niveau des autres composantes en matière de conservation, nous constatons que nous sommes dans une position qui ne permet pas à nos Etats au regard de nos ressources limitées de pouvoir gérer et de bien suivre les conseils liés aux questions de conservation.
L’exemple typique est la difficulté que rencontrent nos états à pouvoir faire face aux effets néfastes dus au changement climatiques en termes de conservation. Par ce congrès, nous faisons le plaidoyer pour l’ensemble des pays Africains afin que nous ayons une position commune et voire dans quelle mesure nous pouvons présenter des projets structuraux qui prennent en compte l’ensemble des spécificités de chaque Etats pour que nous puissions aller vers nos partenaires pour qu’ils nous accompagnent. Nous l’avons toujours dit qu’au delà des discours, il faut que nous allions maintenant vers des actions concrètes, nous avons besoin d’un accompagnement et nous ne devons pas venir individuellement dans ce genre de congres ; la conservation n’a pas de limite. Par exemple, si au Burkina-Faso nous menons une bonne politique de conservation et qu’en amant et en aval les pays voisins n’ont pas les mêmes politiques, nous menons un travail qui à un certains moment sera appelé à être annulé par les conséquences néfastes des autres politiques en amont et en aval des autres Etats. Donc, pour nous il faut que nous ayons une politique commune pour qu’on puisse aller vraiment vers une conservation réelle de nos ressources naturelles afin de les préserver pour les générations futures.
Monsieur le ministre l’un des fléaux les plus graves actuellement en Afrique Sub-saharienne est la question de braconnage. Mais, vous avez dit d’aller vers les actions concrètes, quelles sont les mesures que vous pensez pouvoir souligner ou proposer pour aider naturellement à faire face à ce fléau ?
Il faut d’abord renforcer les capacités des acteurs qui sont impliqués dans la conservation, ensuite nous pensons que pour lutter contre le braconnage, il faudra que les pays aient les moyens de surveillance surtout quand on prend l’Etat du Burkina-Faso, ce n’est pas à pieds qu’on pourra mener une surveillance pour une forêt qui s’installe sur des milliers des kilomètres. Mais, il faudra des moyens pour permettre à nos Etats de pouvoir surveiller et comme je l’ai dit ce qui est interdit au Burkina-Faso si ce n’est pas interdit au Niger cela veut dire que le Burkinabé aura tendance à exécuter l’interdit pour aller vendre de l’autre côté parce qu’il sait qu’à l’arrière plan il y’a quelqu’un qui est intéressé. Alors, nous devons voir dans quelle manière nous pouvons avoir des législations communes pour que nous puissions avoir une vision commune. C’est pour cela que je dis que pour les actions que nous pouvons présenter par exemple pour un projet structural en ce qui concerne la conservation, c’est d’être d’abord solidaire en terme de gestion et de suivi de l’ensemble de nos Aires protégées. Au Burkina-Faso nous avons acquis une expérience entre le Burkina, le Benin et le Niger sur le pacte de l’entente qui marche très bien et qui est une gestion concertée entre les trois pays. Nous pouvons aller de trois pays pourquoi pas vers l’ensemble des pays de la CEDEAO afin que nous puissions proposer une action structurale auprès de nos partenaires.
Nos pays traversent actuellement une crise financière, comment pensez-vous qu’on puisse concilier les questions de conservation et de développement au regard du manque de moyen qui permet justement de faire face à tous ce que vous venez de décrire ?
Vous savez nous sommes tous allés à la COP 21 où nous avons signé l’accord de Paris et il se pourrait qu’à la COP 22 qu’il y’ait déjà le nombre de ratification possible pour la mise en œuvre de cette accord. Cet accord permettra réellement d’accompagner l’ensemble des Etats à travers un fond qui a été mis en place, le Fond vert et pour les pays Africains, la COP 22 doit être la COP de l’action, c’est-à-dire que nous devons aller au-delà des promesses, nous devons aller réellement vers la mise en œuvre des promesses réalisées par ceux qui sont responsables de la destruction de la nature aujourd’hui, et nous disons qu’à travers la mobilisation des fonds au niveau de ce Fond vert bien sûr, nous pensons pouvoir avoir des projets structuraux qui intègrent l’ensemble des Etats. Par là nous devons avoir des agents d’exécution qui puissent accompagner nos Etats, par exemple l’UICN auprès de qui nous pouvons plaider pour qu’elle puisse présenter la vision de l’Afrique d’une manière générale afin que nous puissions mobiliser au niveau des fonds verts climat parce que comme ont le dit nos ressources propres ne peuvent pas nous permettre aujourd’hui en tant que pays Africains de pouvoir faire face aux effets néfastes de la conservation.
Parlant justement de cette fameuse question des fonds verts. Il y’ a des chiffres assez élevés qui ont été annoncés mais ces fonds tardent à se mettre en place. L’Afrique est allée de façon soudée et a obtenu des avancées au niveau de la COP 22 comme vous venez de le souligner. Comment pensez-vous que l’Afrique au-delà de ces fonds attendus puisse se mettre en marche pour essayer de faire face elle-même pour ses propres problèmes ?
Vous venez de le souligner le Fond vert, ce n’est pas de l’argent qu’on dira à chaque pays voilà de l’enveloppe pour tel ou tel Etat, mais ce sont des fonds structurants, des fonds projets et la difficulté quand on regarde la mise en place de ces fonds, nous pays Africains aurons toutes les difficultés pour y accéder au regard du mécanisme compliqué. Voilà pourquoi nous disons qu’à la COP 22, nous pays Africains nous sommes solidaires en disant que les conditions pour aller vers le fond vert doivent être les conditions allégées pour nous permettre de pouvoir y accéder. Sinon, ce sont les mêmes qui cotisent qui verront leurs projets soumis au Fond vert financés, et nous allons attendre quatre ans pour la prochaine COP et aucun Etat Africain n’aura la possibilité parce que tout simplement ils ont un mécanisme lourd. La question que l’on se pose est la suivante : est-ce-que l’on peut financer les problèmes climats au même titre que les financements de projets de développement tel que construire une route ? Nous ne pensons pas, parce que le climat avance et n’attend pas mais une route peut attendre. Nous en tant que pays Africains nous allons mettre sur la table cette proposition de demande d’allégement des conditions pour aller vers le fond vert et surtout que l’on renforce les capacités pour permettre à chaque Etats d’avoir son entité accréditée au fond au lieu d’être obligés de passer par des agents d’exécution dont on connait également les frais de gestion. Au-delà d’avoir des agents d’exécution, il faut permettre également qu’on ait de l’expertise à l’interne afin que nous puissions en tant que pays Africains aller vers ce fond, sinon malgré les bonnes intentions et l’amour des milliards, nous allons voir au bout de deux ans si ces conditions ne sont pas remplies, on se rendra compte que ces fonds ne profiteront pas à l’Afrique
Et pour conclure, nous sommes à un congrès organisé pour l’UICN et le Burkina-Faso abrite le siège régional de l’UICN pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique central. Au niveau des états de coopération comment est-ce-que vous définissez cette organisme qui œuvre dans notre région ?
Je crois que les actions de l’UICN en matière de conservation sont des actions à saluer au regard des efforts consentis afin de pouvoir sauver notre planète. Au Burkina-Faso nous avons la chance bien sûr d’avoir la structure au niveau sous-régional ce qui est une opportunité pour nous. Nous avons l’accompagnement de l’UICN dans la mise en œuvre de nos politiques et stratégies en matière de conservation, mais nous disons également qu’au-delà du Burkina-Faso c’est l’ensemble des Etats Africains et c’est pour cela que nous saisissons l’occasion pour demander à l’UICN de nous accompagner, nous pays Africains, d’être notre porte-voix, notre porte-drapeau envers d’autres structures où nous sommes convaincus que la boite de l’UICN compte en matière de conservation. C’est pour nous une occasion de saluer l’UICN pour les actions en faveur de la conservation surtout pour son apport et son accompagnement pour les pays africains plus particulièrement pour le Burkina-Faso dont je suis le ministre. J’aurai dû attendre l’assemblée générale, mais je me suis dit que c’est au cours de ce genre de forum que l’on crée des relations bilatérales, qu’on présente certaine vision, certaine politique de notre pays afin de susciter l’accompagnement de nos partenaires. Raison pour laquelle nous sommes là à Hawaii, malgré la distance nous nous sommes dit le développement n’as pas de prix.
Par Raoul SIEMEN
