Dr Juliette BIAO KOUDENOUKPO, Directrice représentante du PNUE

A l’occasion de la célébration de la 44e journée mondiale de l’environnement, le Programme des Nations Unies pour l’Environnement  a bien voulu marquer de sa présence aux festivités organisées à cet effet en Angola,  pays hôte de la célébration de cette journée. C’est ainsi que le Dr Juliette BIAO KOUDENOUKPO, Directrice du bureau régional pour l’Afrique du PNUE s’est livrée au micro de AEP pour nous faire l’état des actions concrètes menées par ce programme particulièrement en Afrique.

Par  Raoul SIEMENI

Afrique Environnement Plus : Quel est le premier sentiment qui se dégage en termes de célébration de la 44e journée mondiale de l’environnement ici à Cuando-Cubango?

Dr Juliette BIAO : La spécialité de cette 44e journée mondiale de l’environnement réside sur son thème qui est basé sur la lutte contre le commerce illicite de la faune et de la flore. Ce  thème arrive au moment où que ce soit au niveau régional ou mondial, il y a une conscience collective sur la nécessité de lutter contre le commerce illicite de la flore et de la faune. Vous  n’êtes pas sans ignorer qu’il y a quelques semaines de cela, certains pays africains comme le Kenya et le Cameroun qui ont fait brûler d’importants stocks d’ivoires. Ce thème arrive  aussi au moment où l’agenda 2030 des Objectifs de Développement Durable a été approuvé et où les pays ont signé l’accord de Paris, ce qui peut permettre que les choses décollent.

Les Etats africains attendent des actions plus concrètes du PNUE. A votre niveau, qu’est ce qui caractérise les actions que vous menez en direction des pays africains ?

Avant d’attendre quelque chose du PNUE, les Etats africains doivent aller au-delà de la volonté politique pour véritablement s’engager. Il existe beaucoup de leviers sur lesquels l’on doit actionner afin que la lutte contre le commerce illicite de la faune et de la flore soit effective. Il y a les questions de l’effectivité des lois qu’il faut renforcer et cela relève de la responsabilité des gouvernements, la question de la corruption mérite une attention particulière et qui est un domaine qui ne nécessite pas l’appui des Nations Unies, il faut que les Etats prennent des engagements pour enrayer la corruption, l’impunité. La question de la coopération régionale, un seul Etat puisse-t-il être aussi fort ne peut pas régler à lui seul le problème de commerce illicite, il faut une coopération régionale. Le cadre est déjà là, la stratégie commune africaine sur la  lutte contre la faune et la flore a été portée haut par l’Union Africaine et cela fait partie de l’une des résolutions de la 6e session spéciale  de la conférence ministérielle africaine. Alors, il faut mettre en œuvre cette stratégie et d’ailleurs le plan d’action a été approuvé par l’Union Africaine. Une organisation comme le Programme des Nations Unies viendra en continuité avec cette fonction normative qui est de renforcer les politiques et les lois, d’aider à la collecte des données, car ce que nous avons aujourd’hui comme données sur le fléau n’est qu’une face de l’iceberg ; il y a aussi les questions de recherche qui doivent venir des gouvernements, combien d’Etats accordent une attention particulière à la recherche  quand il s’agit d’élaborer les budgets nationaux ? La recherche reste toujours un parent pauvre. Or, sans recherche il n’y a pas d’innovation ; nous avons aussi besoin de l’innovation dans le domaine de la lutte contre le commerce illicite de la faune et de la flore. Il y a aussi la question de l’implication des communautés, ce n’est pas dans tous les Etats que les communautés sont impliquées dans la lutte contre ce fléau, pourtant, l’on sait que ce commerce illicite est un problème lié à la pauvreté et que si l’on ne trouve pas une alternative crédible qui n’implique pas les communautés à la base, cette lutte est perdue.

Les financements ont été annoncés comme c’est le cas dans la lutte contre le braconnage et autres, mais ils demeurent indisponibles. Que pensez-vous qu’il fasse faire afin d’accompagner les Etats africains qui deviennent sceptiques quant à la disponibilité de ces financements surtout au regard  de l’environnement dans lequel ils évoluent    ?

 Je suis entièrement d’accord sur le fait que les financements revêtent une importance capitale, et que les pays développés doivent respecter leurs engagements, mais il faut noter aussi qu’au niveau continental, la décision a été prise de mobiliser des ressources internes. Que font les gouvernements africains pour mobiliser ces ressources internes ? Vous êtes sans ignorer que lors d’une des conférences des chefs d’états africains, il a été demandé de compter beaucoup plus sur la valorisation du capital naturel. Donc, oui pour les financements extérieurs mais il faut aussi que l’on s’engage  à mobiliser des ressources internes, car l’on a toujours dit que l’Afrique est doté d’un capital naturel important, mais que faisons-nous pour valoriser ce capital, et c’est là que revient la question de la recherche.

Parlant du braconnage, les éléphants sont menacés de disparition et en Afrique, les pouvoirs publics ont demandé l’appui du système des Nations Unies afin de convaincre les pays asiatiques principaux acheteurs de ces ivoires, de mettre en place un mécanisme permettant de  limiter la demande sur le marché international. Que répondez-vous à cela?

 C’est une question sérieuse à prendre en compte car quelque soit les efforts des demandes africains, tant que la demande continue, il y aura toujours le commerce illicite. C’est pourquoi avec l’aide de l’Union Européenne et d’autres bailleurs de fonds, nous sommes entrain de voir comment faire baisser la demande d’ivoires et cela passe aussi par comment trouver des alternatives, car même en Thaïlande ou en  Chine, lorsque ces Etats vont s’engager dans les efforts pour pouvoir baisser cette demande, il leur faut des alternatives crédibles, de même que pour les communautés locales. Même la coopération sud-sud est aussi à considérer dans cette lutte, coopération avec la Chine, la Thaïlande mais il faut de la transparence et de la gouvernance au niveau de ces pays pour que les choses puissent aller de l’avant.

Comment  entendez-vous renforcer l’action du PNUE au niveau des Etats africains particulièrement ceux de l’Afrique centrale qui porte au niveau des  Nations Unies toutes les résolutions relatives à l’environnement?

Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement à travers ses différentes divisions qui s’occupent des questions globales et font la connexion entre ces questions et les questions régionales, ils mettent déjà en œuvre des projets allant dans ce sens. En ce qui concerne la direction régionale pour  l’Afrique que j’ai l’honneur de gérer et qui est aussi le secrétariat de la conférence ministérielle africaine pour l’environnement, nous travaillons pour aider à mettre en œuvre cette stratégie commune africaine de lutte contre le commerce  illicite de la faune et de la flore et son plan d’actions qui a été approuvé par l’Union Africaine. Le PNUE va appuyer la mise en œuvre de cette stratégie et nous sommes déjà en discussion avec l’Union Européenne qui est prête à travailler avec nous, ainsi qu’avec l’appui des autres organisations-sœurs  des Nations Unies. La FAO va par exemple travailler sur les questions des forêts, les études des impacts et aussi suivre avec les images satellitaires comment est ce qu’on empiète sur la faune et la flore. Le PNUE travaille aussi avec les communautés afin de voir la question de la gestion durable des terres, car il faut une solution alternative aux populations riveraines des aires protégées de la flore et de faune. Je peux aussi citer l’OMS qui viendra aussi s’ajouter sur cette liste d’organisations des Nations Unies qui luttent contre le commerce illicite de la faune et de la flore en créant un lien entre le braconnage ou le commerce illicite des espèces de faune et de flore et les questions de santé. Tout le monde a son rôle à jouer dans cette lutte, et l’essentiel est que l’on puisse bien définir les responsabilités de chacun.  Avec la tenue prochaine de la COP17 de la CITES en Afrique, il faut que les africains puissent parler le même langage ; on ne parle pas d’uniformiser les approches car chaque pays a son approche, mais d’harmoniser les points de vue afin que l’on puisse présenter une position commune  à cette COP et c’est un défi que nous devons relever.

Après la ratification par plusieurs pays de l’accord de Paris à la COP21, quelles sont les urgences de l’après COP selon vous ?

Je ne peux encore vous parler des urgences de l’après COP21 car c’est de cela que va s’occuper la COP22 de Marrakech. Les pays africains les plus touchés par les effets du changement climatique, veulent vraiment voir les pays développés honorer leurs engagements.  Vous connaissez surement les discussions qu’il y a eu à ce sujet lors de la deuxième Assemblée des Nations Unies pour l’environnement qui s’est tenue la semaine dernière et où la question de la responsabilité commune mais différenciée a été au cœur des débats. Les pays développés ont pensé que ce n’est pas nécessaire que cela apparaissent dans le document final de l’Assemblée, mais les pays africains se référant déjà sur ce qui s’est passé pour les 100 milliards de dollar que les pays développés leur avaient promis et dont on doute encore de la transparence dans la comptabilisation de cette somme, ont jugé nécessaire qu’il faille réellement rappeler ce principe de responsabilité commune mais différenciée pour que  les pays développés puissent honorer leurs engagements. Toute  la question de la période d’avant 2020 reste entière et la COP22 pourra permettre d’élucider toutes ces questions. Les pays africains reconnaissent l’importance de l’universalité de la déclaration  de Paris mais restent attentifs quant au respect des engagements pris par les pays développés.