Monsieur Abdelouahed FIKRAT , Secrétaire Général du Ministère chargé de l’Environnement au Royaume du Maroc
Après la tenue historique de la COP21 à Paris en décembre dernier, le flambeau a été passé au Maroc, pays africain pour abriter la 22e Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique, COP22. Rendu à quelques mois de cette rencontre planétaire, Afrique Environnement Plus s’est entretenu avec Monsieur Abdelouahed FIKRAT, Secrétaire Général du Ministère chargé de l’Environnement au Royaume du Maroc qui nous parle des préparatifs liés à tenue de la prochaine COP22 à Marrakech.
Afrique Environnement Plus : Après l’Afrique du Sud en 2011, c’est le Maroc pays africains hôte de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique. Comment préparez-vous la tenue de cette activité mondiale dans votre pays ?
Monsieur Abdelouahed FIKRAT: Le Maroc a pris l’engagement depuis quelques années d’aller vers le traitement de la question climatique d’une manière extrêmement sereine. Nous sommes un petit pollueur au niveau mondial, nous émettons moins de 0,2% de gaz à effet de serre et pourtant nous pris le partie d’aller vers un développement durable, d’investir dans les énergies renouvelables et de faire la transition vers l’économie verte, donc, tout cela nous a amené à proposer de recevoir la COP22 à Marrakech après la COP extrêmement importante et historique de Paris qui a connu un accord entre l’ensemble des parties de la Convention et c’est pour cela que le Maroc s’est positionné pour accueillir la communauté internationale, nous allons travailler sur les engagements de Paris et nous allons surtout regarder comment les rendre opérationnels et concrets. Certes, c’est une tâche qui n’est pas facile, mais nous allons travailler de manière collaborative avec nos amis de la présidence française, car la France est encore président de la COP et nous comptons en tant que pays africain, être le porte drapeau non seulement du continent africain mais de tous les pays en voie de développement qui subissent de plein fouet les effets du changement climatique. De nos jours, tout le monde sait que ce sont finalement les pays en voie de développement qui payent le prix cher sur un phénomène pour lequel ils ne sont forcément pas concernés, et l’Afrique participe à moins de 4% des émissions de gaz à effet de serre et pourtant elle subit néanmoins le gros des dégâts, que ce soit en termes de sécheresse, de phénomènes extrêmes, de surélévation des eaux des mers, l’acidification des océans, les problématiques liés à la biodiversité, les problèmes de migration, etc. Tous ces enjeux-là sont censés justifier que l’Afrique et particulièrement le Maroc soit présent pour demander aux pays occidentaux puissent aider et contribuer aussi bien à l’adaptation qu’à l’atténuation.
Quelles sont les actions entreprises par le Maroc pour faire face aux effets dévastateurs du changement climatique ?
Le Maroc a volontairement choisi de mettre en place une série de projets d’atténuation, même si cela n’est pas une obligation vis-à-vis de la communauté internationale, mais c’est par conviction et c’est pour cela que nous avons fixé des objectifs extrêmement ambitieux en termes de verdissement dans notre énergie, nous tablons aujourd’hui sur 52% d’énergie électrique d’origine verte d’ici 2030, soit le solaire, l’éolienne ou l’hydraulique. Nous venons d’inaugurer la plus grande station solaire au monde, bref sur l’ensemble des aspects liés au développement durable, la posture du Maroc justifie qu’il prenne le taureau par les cornes et d’essayer de faire en sorte que la COP 22 soit une vraie COP de mobilisation, d’actions essentiellement pour les pays en voie de développement en particulier les pays africains, sans oublier les états insulaires qui attendent aussi des résultats concrets.
Parlant des actions concrètes. Au lendemain de la COP21, les états africains et ceux dits insulaires demeurent un peu sceptique quant à la mise en œuvre l’accord de Paris, d’où la COP de Marrakech qui devrait donner un certain nombre de garanties pour permettre que cet accord puisse avancer. Selon-vous, dans quel état d’esprit les états africains devraient arriver au Maroc ?
Il y a deux grandes positions extrêmes que l’on peut avoir : une posture d’attentisme et de dire que nous allons atteindre que les autres fassent ceux qu’ils doivent faire pour nous, avec un grain de scepticisme et de pessimisme ou alors de prendre le taureau par les cornes et d’être ambitieux. Nous savons bien évidemment que les pays ont essentiellement besoin de renforcement de capacité, de mettre en place des mécanismes, des projets de formation pour rendre les responsables capables monter des projets. Vous êtes sans ignorer que le paradoxe aujourd’hui ne réside pas sur le manque de financement, il y a de l’argent au niveau mondial, mais sur la capacité de présenter des projets banquables et bien ficelés et d’ailleurs à ce propos, le Maroc entend jouer un rôle très important ; récemment nous avons mis en place le Centre de Compétence en changement climatique, qui se veut un espace de renforcement de capacité, d’échange d’expertise, de connaissances et de données sur le changement climatique pour permettre à l’ensemble des pays qui en ont besoin d’être capables de présenter des projets, de faire le plaidoyer et d’être capable de les mettre en œuvre dans les conditions valables, et je pense que les financements suivront. En bref, de nos jours, nous avons une chance extraordinaire à saisir et j’ose espérer qu’à Marrakech cela va se concrétiser. Nous avons la possibilité d’apporter des projets convenables et ficelés, et avec cela, nous pensons que les financements internationaux, notamment le fonds vert climat et même les apports bilatéraux par les pays développés seront au rendez-vous et c’est un grand défi à relever d’ici le mois de novembre prochain.
Pensez-vous qu’une fois ces fonds disponibles, l’Afrique qui a toujours parlé d’une même voix sera toujours en accord pour le partage desdits fonds de l’adaptation?
Je pense honnêtement qu’il y un effort, bien sûr que le mot clé c’est la solidarité mais il y a aussi la compétitivité, car la priorité doit être accordée aux projets les plus banquables, donc, il va falloir combiner entre ces deux logiques de compétitivité et de solidarité à l’égard des pays qui en ont vraiment besoin. Aujourd’hui, face au changement climatique, le degré de vulnérabilité est variable, mais il est difficilement mesurable. Le Maroc par exemple se trouve dans une zone qualifiée d’extrêmement vulnérable, que ce soit pour des phénomènes extrêmes ou la surélévation des mers, les eaux de l’océan atlantique en occurrence ; mais nous savons aussi qu’il y a des pays qui sont menacés dans leur existence même, le cas échéant des pays insulaires où il y a des prévisions pessimistes qui disent que si rien ne change d’ici 2050, certains pays seront rayés de la carte du monde. Permettez-moi de faire rapidement un parallélisme, il y a des pays insulaires qui sont menacés par la montée des eaux, mais il y a aussi les oasis et les zones arides qui menacés par la montée du sable, donc, il y a une similitude entre le désert et l’océan et effectivement il y a un enjeu de sauvegarde ; l’on a pu recenser cent cinquante millions habitants qui vivent dans le paysage oasien depuis le Maroc au niveau de la limite atlantique jusqu’en Chine, en passant par tous les pays d’Afrique du nord et d’Asie et qui sont dans des micro systèmes de telle en sorte que si rien n’est fait, courent un grand risque de disparition et cela va causer une migration de haut flux. En résumé, il y a une logique de compétition, mais il y a aussi une logique de solidarité. Honnêtement, je pense que les financements seront au rendez-vous par contre il y a un sérieux travail à faire dans le renforcement des compétences, dans la bonne gouvernance, l’implication de tous les acteurs aussi bien les ONG, les collectivités territoriales, les élus, le secteur privé et bien évidemment les gouvernements afin de mettre en place les mécanismes, les dispositifs juridiques et fiscaux qu’il faut et surtout insuffler la volonté d’aller vers de l’avant pour pourvoir faire face aux problème de l’adaptation, sans oublier l’infléchissement vers l’économie verte ; il ne faut pas que les pays attendent pour aller vers les énergies renouvelables, vers un développement plus durable. Nous avons une chance aujourd’hui en Afrique d’y aller un peu plus tranquillement et de manière peut être un peu moins coûteuse que les pays qui sont déjà engagés dans des développements à très haut niveau de carbone, nous devons saisir cette chance tout en assurant le développement et le bien-être de l’ensemble des citoyens africains.
Avez-vous un mot particulier à adresser aux pays qui seront présents à la COP 22 à Marrakech?
Le Maroc est un grand pays d’hospitalité et nous serons ravis d’accueillir l’ensemble des délégations entre le 07 et le 18 novembre prochain à Marrakech qui est une ville emblématique et j’ose espérer que cette COP sera un succès grâce à la mobilisation de tous les efforts et les perspectives aujourd’hui sont assez intéressantes et nous sommes en droit d’espérer que la COP22 sera vraiment une COP d’actions.
Propos recueillis par Raoul SIEMENI

